Un siècle d’électricité à Cervens

Au début des années 1920, l’électricité arrive au chef-lieu. Ce n’est qu’en 1960 que l’électrification totale est achevée au hameau de Chez Pallin.

Fin du XIXe siècle : La fée électricité commence a étendre sa toile un peu partout en France. D’abord à La Roche-sur-Foron en 1885 – première ville d’Europe dotée de l’éclairage électrique public – puis à Évian en 1896, à Thonon en 1898, l’éclairage électrique est considéré comme un luxe et le kWh coûte cher. 

Les chantiers arrivent progressivement dans les villages mais s’arrêtent à la mobilisation d’août 1914 pour ne reprendre qu’après l’Armistice de 1918 … et atteignent Cervens enfin (les derniers travaux d’électrification ont concerné le hameau de Chez Pallin en 1960). Les premières installations concernait l’éclairage public, avant atteindre les habitations.

L’énergie trouvait sa source aux différents barrages établis sur le cours de la Dranse. Elle était fournie par la Société électrique d’Évian-Thonon-Annemasse qui, après regroupement avec la Société hydroélectrique de Bellevaux, deviendra la Société des forces motrices de Savoie en 1939 puis EDF en 1946.

Une installation pionnière dans l’atelier de Paul Gaillard

 

Au début du siècle, bien avant l’arrivée du réseau à Cervens, Paul Gaillard (le père d’Arthur) avait installé une dynamo (machine à courant continu) dans son atelier. Elle était entrainée par un système de poulies mues par une roue sur le canal des Moises. Elle produisait un courant,  fluctuant au gré du débit du canal, pour l’éclairage, peut-être aussi pour alimenter des moteurs électriques (la même machine fonctionnant en récepteur).

La dynamo dans l’ancien atelier Gaillard devenu l’Atelier du couteau, encore visible aujourd’hui.

Dans la commune

Vers 1920, l’éclairage public est apparu dans les rues du village : une vingtaine de lampes aux principaux lieux du village. Les utilisateurs de l’électricité ont rapidement apprécié les nouvelles installations mais le kWh coutait cher. Dans sa séance du 31 mai 1925, le Conseil municipal a étudié le coût de ce nouveau confort : sur la commune, 29 lampes consomment pour 2030 Fr d’électricité (c’est une somme importante) et, dans un souci d’économie, déclare : « Il y a là un luxe à faire disparaitre. » On décide donc de maintenir les cinq lampes à 50 bougies (éclairant comme un bouquet de 50 bougies de cire) de la place publique, vers chez Matringe, vers chez Vuagnoux Paul, au bassin de Pessinges, au bassin du Reyret, la puissance de dix autres lampes étant réduite à 25 bougies, d’autres à 32. Ce qui produit une économie de 35 % environ.

Cette volonté d’économie se retrouve aujourd’hui avec les recommandations de frugalité énergétique : l’extinction de l’éclairage public, décidée par le Conseil municipal, à minuit en 2013 puis à 23 heures début 2023, a généré une économie d’environ 33 % du budget des dépenses d’éclairage. Résultat voisin de celui de 1925…

Dans les années 1980, les travaux d’enfouissement font disparaitre les fils aériens. Plus de fils disgracieux : l’esthétique y gagne, les hirondelles y perdent !

Et en 2026, l’éclairage par DEL (diode électroluminescente, LED en anglais), d’un meilleur rendement et d’une plus grande efficacité, est installé.

Chez les particuliers

Dans ses souvenirs, Lucien Bossus (1901-1990) raconte que, pendant la Guerre de 14 « on s’éclairait à l’huile de navet (huile de navette, plante proche du navet cultivée alors en France pour son huile, puis supplantée par le colza issu du croisement du chou et de la navette) et, plus tard à la lampe à acétylène (lampe à carbure). Il ajoute qu’après l’arrivée de l’électricité, « on trouvait tellement merveilleux cette ampoule dans la cuisine qu’on aurait laissé éclairé toute la journée ».

Une police d’abonnement souscrit en 1924

Un exemple d’abonnement souscrites en 1924 : pour l’éclairage d’une l’habitation, on installe 3 lampes (pas de prise de courant) pour 1,2 Fr le kWh et une intensité de 3 ampères, avec un minimum annuel de 15 Fr. Ce qui correspond à un minimum de consommation de 12,5 kWh par an et une utilisation moyenne d’environ 7 minutes par lampe et par jour !

La Société électrique d’Évian-Thonon-Annemasse prévoyait par contrat que « le courant est en permanence à la disposition de l’abonné sauf un arrêt journalier de midi à 13 heures que la Société électrique pourra appliquer si bon lui semble ainsi qu’un arrêt pour les besoins du service la nuit et le dimanche de 8 heures à 15 heures 30.

On est si malheureux aujourd’hui lorsque le courant vient à manquer !