Les modernisations successives des installations ont permis d’améliorer la quantité et la qualité d’eau disponible. Aujourd’hui, la gestion de l’eau est une compétence de Thonon Agglomération ; nous buvons l’eau venant de la source des Moises.
Historique de l’arrivée de l’eau au village
Plusieurs sources sont utilisées depuis toujours pour les usages courants des habitants. Il faudra attendre les années 1930 pour qu’ils disposent de l’eau « courante ».
1860 : L’eau qui arrive depuis plusieurs années dans les bassins extérieurs est réservée au bétail.
- Au chef-lieu : une fontaine publique, l’eau vient d’une source du haut de Cervens.
- À Pessinges : deux fontaines : l’eau vient des sources des Etovex et du Couteau, mais les conduites sont détériorées. La commune n’a pas les moyens d’effectuer les réparations et il faudra attendre une dizaine d’années pour que soient effectuées les remises en état.
La fontaine, sur la place du chef-lieu vers 1910.
À gauche, le premier bassin en granit d’un seul bloc, celui qui reçoit l’eau, date de 1859. Il est installé aujourd’hui sur la place.
À droite, le second bassin, reçoit l’eau du premier.
Le poteau, à droite du cliché, porte les deux fils de la liaison téléphonique nouvellement installée. Noter l’absence d’horloge du clocher.
1881 : Construction d’une fontaine et de sa conduite au hameau du Chalet, sur la route du col de Cou avec un bassin en bois (il y a alors trois fermes à alimenter). Deux ans plus tard, la source de la Boua (au Taillou) est captée.
1886 : Le préfet demande que « l’eau des fontaines [soit] analysée par un pharmacien diplômé et au laboratoire municipal et départemental de chimie à Annecy ».
1892 : D’importants travaux sont entrepris pour augmenter le débit des fontaines ; il est fait appel aux habitants volontaires pour la pose des canalisations. À la fin des travaux, la source du Grand Commun (chez Bolley) alimente les fontaines de Pessinges et la source des Proménis amène l’eau au bassin du chef-lieu.
1904 : L’école est raccordée au réseau d’eau avec construction d’une fontaine publique alimentée par un captage de la source de Grossant.
1926 : Année cruciale. Le maire François Pomel déclare : « La nécessité d’une nouvelle canalisation est moins une question sanitaire qu’une question agricole. […] Toute ferme doit pouvoir disposer d’une quantité d’eau suffisante pour les besoins du bétail. » Il insiste aussi sur la nécessité de restaurer et compléter les canalisations, afin que l’eau n’arrive pas « boueuse et non buvable » dans les bassins.
1929 : Le maire Albert Boccagny entreprend en 1929 un ambitieux projet d’adduction d’eau qui doit permettre d’apporter « l’eau sur l’évier ». Il sollicite le versement d’une subvention auprès du ministre de l’agriculture Fernand David qu’il avait « chahuté » quelques années auparavant lors d’une réunion politique. Le ministère prend en charge 85 % des travaux, ce qui permettra d’alimenter tous les hameaux de la commune à partir de 1932 : c’en était fini de la corvée d’eau. À la même époque, des bassins lavoirs sont construits au chef-lieu, Chez Garin, au Reyret, à Pessinges, au Taillou et Chez Bolley. Les abris et les bassins, construits en béton armé, ont deux bacs : le premier (celui qui reçoit l’eau) est réservé au bétail et à l’usage alimentaire, le second au lavage. Les tuyaux d’amenée de l’eau sont en acier de la Sarre. Les travaux sont réalisés par des ouvriers italiens, maçons et terrassiers.
Le bassin-lavoir du chef-lieu : construit en 1931, il est démoli en 1971, en même temps que l’ancien presbytère. À gauche le lavoir, à droite le premier bassin de 1859.
Ces bassins-lavoirs ont rempli un rôle social jusqu’à l’apparition des machines à laver : les femmes s’y réunissaient pour leur lessive hebdomadaire et c’était l’occasion d’échanger les dernières nouvelles, vraies ou inventés, et bien sûr quelques commérages ! Un travail pénible, à l’eau froide, mais dans la bonne humeur…
La commune de Cervens avait-elle de l’eau à profusion ?
On aurait pu croire que tout allait bien, mais un problème de débit, en été, va entretenir une « querelle » entre les habitants de Pessinges et ceux de Cervens. Les sources sont reliées par un réseau qui relie entre eux le réservoir du Grand Commun, la source du bassin de Chez Bolley, celles des Proménis et du Taillou. Seule la source du Grand Commun a un débit important (supérieur à 18 m3 / h). En période estivale, le débit diminue et l’eau manque à Terrotet et au Reyret. Il faut diminuer le débit sur Pessinges : un habitant de Cervens monte au réservoir et ferme une vanne. Le débit de la fontaine de Pessinges diminue alors un habitant de Pessinges monte au réservoir ouvrir la vanne. Et ainsi de suite… Ce petit jeu se répète jusqu’à ce que les sources retrouvent un débit suffisant.
Le bassin couvert du Reyret en 1950. Aujourd’hui, l’abri en béton a disparu, il ne reste que le bassin.
On peut encore voir les anciennes installations en sillonnant les chemins du village : la partie haute du Miroir des eaux (bassin de Chez Bolley et du Taillou, réservoirs des Proménis et du Taillou) et les quelques bassins subsistant.
D’après un document de Jean Paul Pinget. Pour obtenir le texte complet, utiliser le formulaire de contact.