Histoire de La scierie POMEL à PESSINGES

1945 – 2025 80 ans d'histoire : de la Scierie Lucien Pomel à la Scierie du Léman en passant par la Scierie Marcel Pomel et la SARL Scierie Pomel. 


De gauche à droite : Marcel Pomel, Georges Tiran,

Louis Malacarne, Lucien Pomel.

1945

Naissance de la Scierie Lucien Pomel

Lucien Pomel, 49 ans, menuisier charpentier, associé avec son frère Elie, change de métier et devient scieur suivi par son fil Marcel âgé de 17ans. Dans son atelier (plutôt un abri) de charpente situé au pied de la descente nord du hameau de Pessinges (actuellement rue du Lavoir) Lucien décide d’installer une scie à grumes (achetée d’occasion) et une circulaire déligneuse ; il embauche trois ouvriers… et c’est parti.

La guerre terminée, l’économie repart, le pays a besoin de bois, surtout de planches (les panneaux de particules n’existent pas encore) et de bois de charpente.

Les débuts de la scierie en 1945 : Lucien Pomel.

1949

Marcel revient du service militaire, il est jeune et il veut développer la scierie, la scie à ruban ne scie pas toujours très droit, l’acier des lames n’est pas celui d’aujourd’hui. Marcel dit à son père : « Il faut installer une scie alternative (une battante, en vogue à cette époque) ça ne scie pas vite mais bien droit, on fera deux équipes, et la scie à grumes deviendra un dédoubleur. » Lucien refuse, Marcel lui lance un ultimatum : « Si tu n’es pas d’accord, je pars m’installer ailleurs. » Lucien reste sur sa position. Marcel part en quête d’une scierie en vue de l’acheter, il trouve ce qu’il veut dans le département de l’Ain à Saint Germain du Bois entre Bellegarde et Nantua. Quand il annonce la nouvelle à son père, Lucien au pied du mur accepte l’installation de la battante.

1952

Un bâtiment de 20 mètres sur 15 est construit en remplacement de l’appentis.

Lucien Pomel, entre 1955 et 1960

1958

Une déligneuse moderne est installée.

Marcel Pomel en 1960

1961

Marcel a un grave accident du travail, il est écrasé par son camion contre le mur du garage, il sera rétabli en deux mois.

1963

Lucien part en retraite, Marcel rachète la scierie qui devient la scierie Marcel Pomel. Cette même année Marcel rallonge le bâtiment de 20 mètres et installe une nouvelle scie à grumes pouvant scier des pièces de charpente jusqu’à 13 mètres de longueur.

1968

Serge rejoint son père et un nouveau dédoubleur est installé.

L’intérieur de la scierie en 1970

1977

Le bâtiment de la scierie est de nouveau rallongé de 20 mètres ce qui le porte à une longueur de 60 mètres.

1978

Christian rejoint Marcel et Serge, une nouvelle ligne de sciage est installée, le travail s’effectue assis dans une cabine.

Serge Pomel, 1983

1982

La scierie Marcel Pomel devient la SARL Scierie Pomel, de nouvelles machines plus performantes sont installées. Pour continuer le développement de l’entreprise le bâtiment devient trop petit, de plus il est situé entre deux routes donc pas de possibilité d’agrandissement, La décision est prise de délocaliser la scierie.

Christian Pomel en 1983

1992

Constitution de la SCI Les Riollants par Serge et Christian en vue d’un terrain et la construction d’un nouveau bâtiment au pied de la commune de Cervens, au lieudit Les Riollants dans une zone agricole. Les scieries étant considérées comme entreprises agricoles (comme les fermes, déchèteries, porcheries, golf, paysagistes, etc.), elles ont la possibilité de s’installer en zone agricole.

Les anciens bâtiments rue du Lavoir à Pessinges en 1990

La scierie a bien failli ne pas voir le jour aux Riollants : une polémique c’est créée dans le village, disant « les Pomel » délocalisent leur scierie en zone agricole pour récupérer du terrain constructible. Alors ! La scierie a-t-elle sa place aujourd’hui dans un village ? ou vaut-il mieux qu’elle meure? Cette scierie n’existerait plus aujourd’hui si elle ne s’était pas délocalisée. D’autres l’ont fait et c’est tant mieux (fermes, porcheries, fromageries, paysagistes et fermes transformées en habitations).


Agacés par cette jalousie mal fondée, les frères Pomel font une demande dans la zone de Perrignier. Accueillis les bras ouverts par le maire de l’époque et son conseil municipal, qui nous disait « Ne vous inquiétez pas les frères Pomel, on va vous trouver un emplacement dans la zone. » Un premier rendez-vous pour présenter le projet, un deuxième pour choisir un emplacement. Le maire de Perrignier ne manque pas d’en informer le maire de Cervens : nous allons accueillir la scierie Pomel. Alors, tout s’est accéléré pour trouver un site et garder l’entreprise à Cervens. Le lieudit « Les  Riollants » est retenu.

Dans les années 90, le travail ne manque pas et la scierie bénéficie d’une bonne clientèle locale et dans le sud de la France avec un commercial basé à Avignon.

Néanmoins dans cette décennie les prix des bois sciés n’augmentent pas ou très peu, il y a aussi la concurrence à la vente : soixante-dix scieries environ en Haute-Savoie et une concurrence féroce à l’achat des grumes. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui : malheureusement beaucoup de scieries ferment ou n’ont pas été reprises après les départs à la retraite, mais cela a permis la pérennité de celles qui se sont développées.

Aujourd’hui il reste une quinzaine de scieries dans le département, moins de concurrence à l’achat, le prix d’achat des bois sur pied a baissé et les volumes de sciage ont augmenté. La construction bois s’est aussi développée.


Le métier de scieur n’est pas facile, aussi bien au niveau de l’exploitation forestière, du travail de la scierie que de la gestion, il faut avoir de la sève dans les veines sinon ça ne marche pas : les frères Pomel veulent donner un virage à leur carrière.

1999

La SARL Scierie Pomel a soldé ses emprunts sur le matériel et la SCI Les Riollants n’a plus que trois ans de remboursement sur le terrain et le bâtiment. Les frères Pomel ont rempli leurs engagements en donnant beaucoup de leur personne dans ce métier où il faut investir sans cesse. Serge, après trente-cinq ans de bons et loyaux services, veut terminer plus tranquillement les quelques années qui lui restent pour sa fin de carrière. Christian a d’autres projets en tête.

Ils se disent : si on vendait le fonds de commerce et louait le bâtiment. Il y a eu un candidat en automne 1999 mais pas retenu par les frères par manque de confiance.


Fin de l’année 1999, un événement exceptionnel se produit, la tempête du 26 décembre : des milliers de sapins et d’épicéas (arbres peu enracinés) sont renversés et des bois à profusion sont disponibles à moindre coût sur le marché, donc rien ne presse de vendre.


La scierie a besoin de bucherons supplémentaires pour l’année 2020. Deux jeunes hommes viennent proposer leurs services, Serge les engage, Christian n’est pas au courant. Lors d’une réunion des scieurs de Haute-Savoie, Christian repère deux jeunes qui ne font pas partie du paysage des scieurs et demande à son voisin :« Tu connais ces deux jeunes ? »  il lui répond : « Ils sont bûcherons pour l’instant mais ils veulent reprendre une vieille scierie à Saint André de Boëge. » Ça ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd, Christian demande leurs coordonnées à l’animateur de la réunion et en parle à Serge dès le lendemain, celui-ci lui répond : « Je les connais ils travaillent pour nous en forêt. » il s’agit de Frédéric Barbier (23 ans) et Vincent Favre-Miville (22 ans).  Rapidement un rendez-vous est pris pour leur présenter la scierie, ils sont très emballés par l’installation ; à l’issue de la visite, Frédéric dit à Christian : « C’est bon ». Quelle audace à 23 ans ! A la veille de l’hiver 2000, ils sont engagés en scierie en vue de la reprise. Les frères Pomel feront un dernier investissement fin 2000, un chariot équipé d’une grue et d’un poste de tronçonnage pour le triage et la découpe dans le parc à grumes.

Jacqueline Pomel au bureau vers 1990

2001

Pendant l’année 2001 les futurs repreneurs prennent connaissance du métier et font leur demande de prêt auprès des banques. Fin 2001 leur prêt est accepté pour l’acquisition du fonds de commerce appartenant à Jacqueline Pomel et aux héritiers de Marcel ainsi que le matériel et le stock de bois appartenant à la SARL Scierie Pomel. Un bail commercial est établi par la SCI Les Riollants pour la location du bâtiment, la SARL Scierie Pomel ne possédant ni fonds de commerce ni bâtiment sera dissoute.

Les nouveaux repreneurs donnent naissance à la Scierie du Léman. Terrain et bâtiment seront vendus plus tard à la SAS L’Entre Écorce (société de Frédéric Barbier et Vincent Favre-Miville).

Depuis 2002, la Scierie du Léman n’a cessé d’investir dans du matériel toujours plus innovant pour devenir aujourd’hui la deuxième scierie la plus performante du département avec 120 mètres cubes de grumes sciées quotidiennement.

Avec un outil de travail qui offre une qualité de sciage précise, et une présentation des sciages optimale grâce à l’empileur automatique la scierie bénéficie du label BQS « Bois qualité Savoie »

En 80 ans d’histoire, seulement deux femmes ont géré la partie administrative, comptable et financière : Jacqueline Pomel de 1950 à 2002 puis Laëtitia Grosrey jusqu’à aujourd’hui. Un grand coup de chapeau à elles.

Que sont devenus les frères Pomel ?

Serge, après avoir accompagné pendant cinq années les nouveaux dirigeants, a rejoint son fils Fabrice dans son entreprise forestière durant deux ans avant de prendre une retraite bien méritée en alternant le sud de la France et la Haute-Savoie.

Novembre 2025

Remerciements à Christian Pomel pour le texte qu’il nous a communiqué.