Paul Gaillard est maréchal ferrant à Allinges puis s’installe à Terrotet vers 1890 comme mécanicien, maître de martinet, taillandier et forgeron. L’atelier et la maison d’habitation attenante ont été construits par Paul Gaillard lui-même dès son arrivée à Cervens.
Un des deux martinets encore visible aujourd’hui était actionné par un engrenage, solidaire d’un axe (au fond à droite) entrainé par une roue à aubes alimentée par l’eau du canal des Moises.
Le fils Arthur, né en 1905, prend la suite du père et agrandit l’atelier. La roue à aubes est utilisée pour entrainer les nouvelles machines-outils à partir de poulies solidaires d’un axe traversant tout l’atelier. Au fur et à mesure de la mécanisation de l’agriculture, sans abandonner la forge et la taillanderie, il oriente son industrie vers la réparation de machines agricoles : des engins hippomobiles d’avant-guerre aux moissonneuses-batteuses des années 1960 qu’il préparait chaque été pour la campagne des moissons.
Ainsi les agriculteurs encore peu habitués à la mécanisation des années 1950 pouvaient faire réparer localement leurs matériels
La forge Gaillard aujourd’hui : à gauche un garage et sous la verdure l’atelier construits par Arthur dans les années 1930 ; la forge de Paul est au rez-de-chaussée du bâtiment d’habitation au second plan à droite.
Dans les années qui suivirent la fin de la Seconde guerre mondiale, en des temps de pénurie où l’achat d’un tracteur neuf était une dépense quasi impossible pour la plupart des agriculteurs, Arthur Gaillard a construit des auto-faucheuses à partir de voitures Citroën B2, B14 ou Fiat 503 dont le châssis était d’une solidité légendaire. Un système ingénieux permettait d’obtenir des vitesses très lentes nécessaires aux travaux des champs : deux boîtes de vitesses montées en série (l’arbre de sortie de la première était l’arbre d’entrée de la seconde) donnaient des vitesses comprises entre 0,6 et 45/50 km/h. Un crochet permettait d’atteler un char ou un tombereau, les pneus arrière étaient recouverts de pneus usagés découpés pour faire des crampons (encore la pénurie…).
Une automobile des années 30 transformée en « tracteur » agricole, comme aurait pu faire Arthur Gaillard (présentée au Château d’Avully-Brenthonne, mai 2026)
La forge et la réparation du matériel agricole ont occupé l’atelier jusqu’à sa fermeture vers 1970. Le canal des Moises a ensuite été partiellement recouvert, les marais alentour drainés et asséchés, la roue et le canal d’amenée en bois démontés avant 1980.
Vingt ans plus tard, en 1999, Melis Van Daalen Wetters, forgeron et artisan en ferronnerie d’art, rachète le bâtiment et y installe l’Atelier du couteau : la tradition de taillanderie est ainsi maintenue.
Remerciements à Melis Van Daalen Wetters pour les renseignement qu’il nous a fournis