Albert Boccagny, maire de Cervens de 1927 à 1971 et député de la Haute-Savoie à deux reprises, en 1945 et 1956, a eu une destinée nationale. Mais des recherches généalogiques, et peut-être un peu le hasard, ont permis de faire des découvertes inattendues.
① Péronne Mallinjoud et Célestin Favre, instituteurs
- Péronne Mallinjoud est née à Gruffy le 17 août 1844. Jeune institutrice, elle est nommée à Cervens peu après le Rattachement à la France pour la classe des filles.
- Célestin Favre, né à Fessy le 28 avril 1845, est le fils du laboureur Joseph Favre, venant du Pays de Gex, et de Marie Petitin, de Fessy. Devenu instituteur, Célestin est nommé à la même époque à Cervens pour la classe des garçons.
Péronne et Célestin s’unissent par le mariage et leur enfant Léon naît le 28 novembre 1876.
Léon Favre, devenu instituteur comme ses parents, est mobilisé pendant la guerre de 14-18. Après les hostilités, il reprend son métier à Fillinges mais, épuisé par la guerre, il décède prématurément en 1920 à 43 ans. Son épouse Maria est institutrice à l’école de Lully puis de Vétraz-Monthoux avant de décéder en 1924 à 48 ans.
Leur fille Renée Favre, née le 23 mai 1904 à Reignier, fait ses études au lycée de jeunes filles d’Annecy puis prépare le concours d’entrée à l’École normale supérieure de Sèvres, à Paris, tout en étant surveillante. Elle y rencontre Yves Rocard, né le 23 mai 1903 à Vannes (Morbihan), qui deviendra brillant physicien et professeur des universités ; ils se marient en 1929.
Leur fils Michel naît en 1930.
Michel Rocard, descendant de Péronne Mallinjoud et Célestin Favre.
Les descendants de Péronne et Célestin.
② François Peillex et Jeanne de Seyssel
Peillex est un très ancien patronyme du village. Il apparaît sous la forme Pelliex, les frères Loys et Jehan, Louis et Jean, dans un texte de 1568. En 1650 naît à Cervens François Peillex, qui sera notaire comme l’était déjà son père Claude Louis. François épouse Jeanne de Seyssel, la fille du seigneur de compoix. De cette union naît Françoise, dont on sait peu de choses, sinon qu’elle épousera en 1703 André Favre, le notaire et châtelain de Bellevaux.
En découle une descendance :
- Jacques François Favrat, né en 1710, notaire à Thonon, marié à Marie Thérèse de Ruffy, sera le père de Marie Philippine, née en 1742.
- Marie Philippine épouse Charles Joseph Dessaix, proto-médecin, médecin principal d’un district, avec lequel elle aura 13 enfants.
Ce lointain descendant de François Peillex, issu d’une longue lignée de notables bourgeois, se nomme Joseph Marie Dessaix, né le 24 septembre 1764 à Thonon-les-Bains, dans le Duché de Savoie, et mort le 26 octobre 1834 à Marclaz. Il entreprend des études de médecine à Turin puis s’installe comme docteur en médecine à Paris. Très jeune, il manifeste un vif intérêt pour les idées républicaines alors en expansion.
Le général Dessaix s’engage en juillet 1789, alors que la
Savoie est encore sarde, comme volontaire de la Garde
nationale parisienne, deux jours avant la prise de la Bastille.
Cet engagement marque le début d’une longue, brillante et tumultueuse carrière
militaire.
Ce fut un ardent républicain, un soldat généreux, intrépide
et, dit-on, humain… qui n’exerça jamais son métier de médecin.
La statue du Général, place du Belvédère à Thonon.
Les descendants de François Peillex et Jeanne de Seyssel.
Égrège se dit de quelqu’un de remarquable, d’excellent, de respectable ; terme utilisé en Savoie.
③ Le major Charles Alexis Deloës
Le patronyme Deloës apparaît à plusieurs reprises dans différents secteurs de la vie du village : dans les écrits de l’institutrice Françoise Matringe en 1888, dans les archives de la fruitière, dans le dossier de partage des fonds communaux après la Révolution. Et le nom a disparu aujourd’hui.
C’est le 12 août 1790 que naît à Cervens Charles Alexis Deloës, fils de Sieur Jacques Antoine Joseph Deloës et de Noble Marie Françoise Dechassay.
Les grands-parents paternels de Charles Alexis sont Noble Abraham Antoine Deloës, né à Aigle (Vaud) en 1710, juriste et bourgeois notable de la ville, et Noble Thérèse Rebut de Saxel, née en 1718, fille de Noble Jacques François Rebut, seigneur de Saxel (1687-1743).
La famille Deloës s’est installée à Cervens vers le milieu du XVIIIe siècle, venant de Thonon. On ne connaît pas la raison de cette installation. Est-ce un héritage, un achat de propriétés, un mariage ? Elle semble avoir habité le château, attesté depuis 1676, devenu par la suite résidence des Bossus et aujourd’hui de l’ex-Bar Fleuri.
En novembre 1815, Charles Alexis est nommé lieutenant dans l’armée de Turin.
Lettre annonçant le départ de Charles Alexis Deloës pour Pignerolle, caserne aux environs de Turin. Arch. dép. Haute-Savoie.
En 1822, il est l’ambassadeur de Cervens pour déposer le serment du syndic Nicolas Bossus et des conseillers « aux pieds du trône du Roi de Piémont-Sardaigne ».
On le retrouve, quelques années plus tard, major en expectative : il est en attente d’affectation en tant que commandant des troupes du Roi de Sardaigne. Il apparaît dans le conseil communal de 1838 à 1843, année où il est vice-syndic.
Resté célibataire, il se retire rentier à Cervens où il décède le 8 novembre 1849.
Le château de 1676, résidence (très probable) des Deloës.
Les ascendants de Charles Alexis Deloës
Le grand-père du général Dessaix, André Joseph Dessaix, chirurgien et conseiller de la ville de Thonon, y avait épousé en secondes noces, le 5 mai 1766, Jeanne Marie Rebut de Saxel, la grand-tante de Charles Alexis Deloës et sœur de sa grand-mère Thérèse.
④ Nicoletta
Pour clore provisoirement ce panorama des personnages importants de Cervens, citons une habitante éphémère du village, vedette internationale de la chanson : Nicoletta.
Nicole Grisoni, alias Nicoletta, achète une petite maison à Cervens, route de Cursinges à Pessinges, début 1975. Elle a alors 31 ans, elle est au faîte de sa carrière, elle apprécie le calme et le repos du village.
Le Foyer rural prend contact avec elle et la sollicite pour un tour de chant à la vogue d’août 1975. Impossible pour elle, son calendrier de l’été est chargé. La date du 20 juin est alors retenue : Nicoletta chantera gratuitement, seuls ses musiciens seront payés. L’organisation est lourde mais la réussite est belle : huit-cents personnes assistent au concert sous un grand chapiteau installé par le Foyer rural pour la circonstance, à l’emplacement de la salle polyvalente qui n’existait pas à cette date. Des photos de cet événement manquent. L’année suivante, Nicoletta anime un goûter organisé pour les Anciens du village et revient en 1977 au repas des Aînés dans l’ancienne salle des fêtes.
Elle vend sa maison de Cervens en 1980. Sa brillante carrière l’appelle ailleurs mais elle gardera toujours des liens privilégiés avec Thonon et le Chablais.
Le repas des Anciens de 1977 dans l’ancienne salle des fêtes : on reconnaît, de gauche à droite, Elvina Bossus, Nicoletta et Zaza (Jeanne Desjacques), Berthe Vailly et Juliette Tchabolt.
Au Bar Fleuri, Nicoletta pose pour le photographe d’une revue dédiée à la chanson, probablement Salut les copains, qui faisait fureur à l’époque. On reconnaît Gaston Fillion et Lucien Bossus entourant la vedette. Connaissaient-ils vraiment par cœur le répertoire de Nicoletta ?
Documentation
Pour Michel Rocard :
- Généalogie magazine, octobre 2001.
- Le Petit Colporteur, n° 21.
- Archives départementales de la Haute-Savoie, état civil en ligne.
- Michel Rocard sur info.gouv.fr.
Pour le général Dessaix :
- Conférence de J. Baud sur le parcours de Joseph Marie Dessaix.
- Ingénieurs et scientifiques de France, Sillon Alpin.
Pour Charles Alexis Deloës :
Pour Nicoletta :
- Archives de l’Association.
- Nombreux sites Internet la concernant disponibles en ligne.